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Koh-I-Noor, Charminar, Byriani, Cyberabad, Deccan Chargers

avril 28, 2008 · Laisser un commentaire

Il est enfin temps que je rende justice à la ville où, par delà mes week-ends, je séjourne le reste du temps : Hyderabad. En titre, un aperçu de ce qui a fait et de ce qui fait d’Hyderabad une ville fameuse en Inde et partout ailleurs.

Et pourtant, en étant très honnête avec moi-même, si j’avais dû placer cette ville sur une carte vierge de l’Inde, je l’aurais sans doute placée plutôt au nord, près des contre-forts himalayens ou du Pakistan. Il m’a donc été révélé qu’Hyderabad se situe en fait à la limite entre l’Inde du nord et du sud, à la latitude à laquelle le sous-continent va se rétrécissant vers le sud. Cela dit, l’association d’idée avec le Pakistan reste valable puisqu’une ville du Pakistan porte également ce nom. Pour ce qui est des montagnes, mon esprit bohème associe, sans que je ne me l’explique, les mots “Hyderabad” et “Marienbad”, ville thermale tchèque. En fait de montagnes, il s’agit ici du plateau rocailleux du Deccan, d’altitude moyenne.

Hyderabad

Marienbad

Marienbad (hors-sujet)

Hyderabad a été la ville capitale du royaume des Nizams, grande famille mughale (influence indo-persanne) qui règnera dans le faste et le pouvoir les plus absolus pendant plus de deux siècles, avant d’être déposée par l’Union Indienne naissante. Cette dynastie aura eu le temps de doter la ville de plusieurs institutions (hôpitaux, écoles, mosquées – dont la très solennelle Mecca Masjid) mais aussi de s’approprier quelques menus biens terrestres dont un fabuleux palais (Chowmahalla Palace) et le fameux Koh-I-Noor , diamant gros comme le poing dont les britanniques s’empareront pour en orner la couronne de l’Empire, avec le tact qui sied au civilisateur maniant épée et goupillon.

Avant les Nizams, d’autres souverains locaux avait contribué à faire d’Hyderabad plus qu’une simple ville annexe à l’ancienne capitale fortifiée et toute proche de Golconda. Charminar, arc-de-triomphe et mosquée tout à la fois symbolise cette accession.

C’est d’ailleurs en haut de Charminar que la certitude, loin s’en faut, que je n’étais vraiment pas à Marienbad s’était imposée à moi dès le premier week-end. Alors que je me penchais par-dessus le parapet du monument pour observer le bazar, au sens propre comme figuré, des rues environnantes, j’ai surpris un père de famille -moustache rideau et troisième oeil peint en ocre, en train de photographier, non pas le panorama ou un détail architectural, mais bien son petit dernier et moi-même, sous cet angle donc assez inédit. Je me suis tout d’abord excusé promptement d’apparaître ainsi, à mon corps défendant, sur les souvenirs de famille, avant que ce paisible monsieur ne m’explique au contraire vouloir avoir un souvenir de son fils avec un “sahib”, même inconnu (l’expression est de moi, je ne sais pas comment les Indiens appellent les gringos). Interloqué, je me suis exécuté, arborant probablement un sourire jocondien pour ce deuxième cliché, et ai laissé s’éloigner cette petite famille qui semblait ravie.

Cette anecdote révèle deux choses, presque parallèles dans leur acception. L’intérêt de certains Indiens pour les étrangers, et en particulier pour les “sahibs” est certain : des Indiens que je croise dans la rue me demandent souvent d’où je viens et veulent me serrer la main, mes voisins de siège liront systématiquement ce que je suis en train de feuilleter, que ce soit un guide touristique, mon manga sur la vie du Bouddha ou un papier sans intérêt, avant souvent d’engager la conversation. Parallèlement, il est permis de se demander si, pour nous “sahibs”, le creuset occidental n’a pas un peu émoussé cet étonnement spontané face à la différence, ne l’a pas circonscrit à des occasions précises et convenues, ou ne l’a pas tellement forcé à la discrétion qu’il se fait imperceptible ?

Quelque soit la réponse, je peux sans doute porter l’idée suivante au frontispice de mon séjour en Inde : mon étonnement en dit autant sur la particularité de ce qui le provoque que sur le cadre de pensée qui l’a suscité.

Et l’étonnement est partout : celui que l’on éprouve en découvrant que l’unique piment imprimé face auDeccan_chargers_logo Byriani (plat de mouton, saffran et riz) dans un menu n’est indicatif que de la quantité de riz à avaler pour éviter l’incendie épicé de la bouche, que l’industrie du logiciel à Cyberabad peut très bien côtoyer celle des cireurs de chaussures et des nettoyeurs d’oreille, qu’un innings décisif au cricket peut déchaîner les foules, que les cheerleaders des Deccan Chargers sont aussi populaires que les joueurs, etc.

J’explore donc Hyderabad de façon beaucoup plus fractionnée que les autres villes, laissant venir à moi ces motifs d’étonnement. Je reprendrai un rythme d’assimilation qui promet d’être frénétique dès le week-end prochain au Kerala.

Addendum: On me fait signe que Marienbad ne situe en aucune manière près de montagnes, transmis de plein droit à mon subconscient nul en géo.

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