Francky Goes To Bollywood Weblog

The Kerala Tea Party

mai 11, 2008 · Un commentaire

Le Kerala est la partie de l’Inde dont j’avais déjà produit le fanstasme. Dans les mots du dépliant touristique : “God’s Own Country“. Sur cette annonce plus qu’avantageuse, et les chaudes recommandations de mes prédecesseurs, j’ai prévu pas moins de trois jours et demi d’un programme plutôt copieux pour m’assurer que le Créateur (sic) a bien une adresse au Kerala.

S’il en a une, elle serait peut-être à Munnar, petite ville nichéePlantations de thé à 1800 mètres d’altitude. La fraîcheur de la nuit est là-bas une véritable bénédiction pour le voyageur venu de la plaine de Kochi où la chaleur et l’humidité sont de concert accablantes. Munnar est aussi une des capitales du thé en Inde. Les plantations sont de véritables tapis de toutes les teintes de vert qui recouvrent les montagnes et chaque recoin de vallée. Entre chaque bosquet, un minuscule chemin permet aux ramasseurs des feuilles de thé d’en faire la récolte. Le point de vue visible des hauteurs de Munnar sur les montagnes toutes proches du Tamil Nadu, état voisin du Kerala, et sur les vallées de plantations est saisissant.

Munnar - Stèle et plantations

Munnar - Rochers & plantations

Mais peut-être le Dieu à l’honneur au Kerala est celui des tribus animistes qui révèrent le panthéon immanentPeriyar Tiger Reverve - Lake des éléments, des animaux et des plantes. La nature est en effet divine lorsque l’on visite en bateau au petit jour la Periyar Tiger Reserve, grande zone protégée sur les bords d’un lac artificiel alors que la surface de l’eau fume encore légèrement après la fraîcheur de la nuit. Les derniers tigres du sud de l’Inde s’abritent là des contre-bandiers et des superstitions de leurs commanditaires. A défaut de tigres, j’ai ameuté la troupe de mes coreligionnaires-touristes embarqués sur le même bateau en criant “éléphant” à la vue d’une masse grise sur une rive lointaine. En fait d’éléphant, il s’agissait d’un bison Indien, masse impressionnante de muscles qui mâchait tranquillement l’herbe rase de la rive. Oui, bon, il était loin, d’où ma confusion. Un éléphant, ça trompe énormement.

Periyar Tiger Reverve - Grenouille

Pas démontée pour autant, notre petite expédition a alors décliné la proposition d’un guide pour la visite balisée de la jungle environnante. Marchant au jugé d’après la carte de la réserve affichée à la station de départ, nous avons rejoint par la jungle la ville la plus proche, Thekkady. Sur le chemin, nous avons dérangé le repas d’une famille de phacochères (vous voyez Pumbaa ?), avons réussi à voir le très rare macaque àTintin, les cigares du pharaon queue de lion et l’écureuil géant Indien (celui-là même qui fait des sauts de 6m sans appréhension), une grenouille chatoyante et des loutres.

A posteriori, le fait de ne pas avoir vu de serpents, pourtant nombreux, n’a pas manqué à ce tableau. Par contre, les éléphants se sont fait désirés. Il faut dire que leur ouïe est plutôt fine, et que le breton n’a pas la méthode des tribus locales pour traquer l’éléphant à l’odeur de son urine ou à la fraîcheur de ses dépôts. Nous avons donc fait une petite balade digestiveThekaddy - Elephant sur le dos d’un vieux mâle éléphant de 7 ans mon aîné. Ses yeux intelligents, avec de grands cils presque tristes, a tempéré mon appréhension. Les mots du cornac à la bête semblaient être d’humbles suppliques plutôt que des injonctions. J’ai mis cela sur le compte tant du respect dû à un animal aussi massif, qu’à la place toute particulière de Ganesh dans la théologie Hindou. Contrairement à l’usage des éléphants de temple carapaçonnés, nous avons monté celui-ci comme un cheval, les jambes derrières les oreilles, sentant rouler ses muscles puissants. Une superbe journée à l’état de nature (ou presque) avant de retrouver les bords de mer.

Ou alors le Dieu qui a son pied-à-terre au Kerala n’est autre que Vishnu, ou plutôt sa sixième incarnation Parasurama, qui aurait créé les backwaters du Kerala en lançant sa hache de bataille dans la mer. Les backwaters sont un réseau de canaux et de lacs d’eau douce sur lequel on circule en bateau à fond plat. Nous avons loué un grand bateau pour la journée et la nuit et nous nous sommes sentis selon les moments à la poursuite d’un Kurtz indien, à la découverte de terres à peine émergées ou britanniques oisifs du temps du Raj. Un superbe voyage à la lenteur de l’eau, culinairement sublime (tiger prawns coco et espadon curry), et à trente mille lieues de toute forme de stress urbain.

Ou peut-être le dieu du Kerala est un dieu monothéiste, celuiBackwaters - Houseboat des juifs Paradesi de Kochi, ou peut-être le dieu chrétien que les Vasco de Gama et consorts portuguais ont apporté ici. Kochi est une ville coloniale très tranquille, que nous avons visitée de façon incongrue, presque en trombe. La synagogue et les vieux quartiers ombragés ont néanmoins été une réacclimatation douce à la civilisation.

Je reviens à Hyderabad avec la certitude de revenir au Kerala, un jour. Peut-être en 2018, lorsque la Kurunji, petite fleur bleue sera à nouveau en fleur ? Ou peut-être bien plus tôt que cela…

Kurunji en fleur

→ 1 commentaireCatégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , , , , ,

Koh-I-Noor, Charminar, Byriani, Cyberabad, Deccan Chargers

avril 28, 2008 · Laisser un commentaire

Il est enfin temps que je rende justice à la ville où, par delà mes week-ends, je séjourne le reste du temps : Hyderabad. En titre, un aperçu de ce qui a fait et de ce qui fait d’Hyderabad une ville fameuse en Inde et partout ailleurs.

Et pourtant, en étant très honnête avec moi-même, si j’avais dû placer cette ville sur une carte vierge de l’Inde, je l’aurais sans doute placée plutôt au nord, près des contre-forts himalayens ou du Pakistan. Il m’a donc été révélé qu’Hyderabad se situe en fait à la limite entre l’Inde du nord et du sud, à la latitude à laquelle le sous-continent va se rétrécissant vers le sud. Cela dit, l’association d’idée avec le Pakistan reste valable puisqu’une ville du Pakistan porte également ce nom. Pour ce qui est des montagnes, mon esprit bohème associe, sans que je ne me l’explique, les mots “Hyderabad” et “Marienbad”, ville thermale tchèque. En fait de montagnes, il s’agit ici du plateau rocailleux du Deccan, d’altitude moyenne.

Hyderabad

Marienbad

Marienbad (hors-sujet)

Hyderabad a été la ville capitale du royaume des Nizams, grande famille mughale (influence indo-persanne) qui règnera dans le faste et le pouvoir les plus absolus pendant plus de deux siècles, avant d’être déposée par l’Union Indienne naissante. Cette dynastie aura eu le temps de doter la ville de plusieurs institutions (hôpitaux, écoles, mosquées – dont la très solennelle Mecca Masjid) mais aussi de s’approprier quelques menus biens terrestres dont un fabuleux palais (Chowmahalla Palace) et le fameux Koh-I-Noor , diamant gros comme le poing dont les britanniques s’empareront pour en orner la couronne de l’Empire, avec le tact qui sied au civilisateur maniant épée et goupillon.

Avant les Nizams, d’autres souverains locaux avait contribué à faire d’Hyderabad plus qu’une simple ville annexe à l’ancienne capitale fortifiée et toute proche de Golconda. Charminar, arc-de-triomphe et mosquée tout à la fois symbolise cette accession.

C’est d’ailleurs en haut de Charminar que la certitude, loin s’en faut, que je n’étais vraiment pas à Marienbad s’était imposée à moi dès le premier week-end. Alors que je me penchais par-dessus le parapet du monument pour observer le bazar, au sens propre comme figuré, des rues environnantes, j’ai surpris un père de famille -moustache rideau et troisième oeil peint en ocre, en train de photographier, non pas le panorama ou un détail architectural, mais bien son petit dernier et moi-même, sous cet angle donc assez inédit. Je me suis tout d’abord excusé promptement d’apparaître ainsi, à mon corps défendant, sur les souvenirs de famille, avant que ce paisible monsieur ne m’explique au contraire vouloir avoir un souvenir de son fils avec un “sahib”, même inconnu (l’expression est de moi, je ne sais pas comment les Indiens appellent les gringos). Interloqué, je me suis exécuté, arborant probablement un sourire jocondien pour ce deuxième cliché, et ai laissé s’éloigner cette petite famille qui semblait ravie.

Cette anecdote révèle deux choses, presque parallèles dans leur acception. L’intérêt de certains Indiens pour les étrangers, et en particulier pour les “sahibs” est certain : des Indiens que je croise dans la rue me demandent souvent d’où je viens et veulent me serrer la main, mes voisins de siège liront systématiquement ce que je suis en train de feuilleter, que ce soit un guide touristique, mon manga sur la vie du Bouddha ou un papier sans intérêt, avant souvent d’engager la conversation. Parallèlement, il est permis de se demander si, pour nous “sahibs”, le creuset occidental n’a pas un peu émoussé cet étonnement spontané face à la différence, ne l’a pas circonscrit à des occasions précises et convenues, ou ne l’a pas tellement forcé à la discrétion qu’il se fait imperceptible ?

Quelque soit la réponse, je peux sans doute porter l’idée suivante au frontispice de mon séjour en Inde : mon étonnement en dit autant sur la particularité de ce qui le provoque que sur le cadre de pensée qui l’a suscité.

Et l’étonnement est partout : celui que l’on éprouve en découvrant que l’unique piment imprimé face auDeccan_chargers_logo Byriani (plat de mouton, saffran et riz) dans un menu n’est indicatif que de la quantité de riz à avaler pour éviter l’incendie épicé de la bouche, que l’industrie du logiciel à Cyberabad peut très bien côtoyer celle des cireurs de chaussures et des nettoyeurs d’oreille, qu’un innings décisif au cricket peut déchaîner les foules, que les cheerleaders des Deccan Chargers sont aussi populaires que les joueurs, etc.

J’explore donc Hyderabad de façon beaucoup plus fractionnée que les autres villes, laissant venir à moi ces motifs d’étonnement. Je reprendrai un rythme d’assimilation qui promet d’être frénétique dès le week-end prochain au Kerala.

Addendum: On me fait signe que Marienbad ne situe en aucune manière près de montagnes, transmis de plein droit à mon subconscient nul en géo.

→ Leave a CommentCatégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , , ,

Mumbai !

avril 21, 2008 · Laisser un commentaire

Comme une exclamation, qui viendrait surprendre visiteurs comme habitants. Un nom qui suggèrerait presque l’Afrique et qui désigne l’ancienne Bombay. Les Portugais nommèrent ainsi il y a lontemps cette grande baie, réputée bonne pour un mouillage (“Bom Bahia”). Les Britanniques, affairés à repousser l’heure du coucher de soleil sur l’Empire, investirent ensuite la région, donnant une touche presque oxfordienne au vieux quartier de Kala Ghoda. Les lumières de cette ville ont attiré à elles ceux qui en Orient rêvent de fortune, de gloire ou simplement de paix et de tolérance : Parsis industrieux, Juifs Sepharades, Bagdadis Chrétiens, Bengalis, Pundjabis, Cachemiris. Il fallait donc que j’ajoute à ce concert des nations la touche ponctuelle du breton.

Mumbai est une ville s’ouvrant sur la mer arabique; sa chaleur est lourde, l’évaporation de l’océan donne un ton ouaté d’un gris léger à l’air du lointain. Pour atténuer l’atteinte de ce genre d’atmosphère faite aux meilleures volontés , les urbanistes ont, dans les quartiers anciens, bordé les avenues rues et allées d’arbres exotiques, à présent centenaires. Vers le sud de la ville, là où la bande de terre séparant la baie de l’océan ne dépasse pas quelques centaines de mètres, la langueur est palpable. Des bouquinistes, des chausseurs, des barbiers de rue, des laveurs d’oreilles, des vendeurs ambulants de jus de canne à sucre, de bibelots touristiques, d’encens, d’épices et de hashish gravitent autour d’édifices victoriens pâtinés par le temps et l’incurie.

J’ai fait de ce quartier mon camp de base à partir duquel je rayonnais à pied le samedi. Poussé par la chaleur de l’après-midi, j’ai trouvé refuge dans le musée du Prince of Wales. Equipé du casque audio accordé aux touristes étrangers, je sillonnais les salles, passant d’un banc face à un dieu tricéphale à un ventilateur face aux miniatures de Rajput. Tout avait bien sûr la beauté de l’art ancien. Retenait d’avantage mon attention la salle consacrant l’art népalais et tibétain. J’ai ainsi appris que le Bouddhisme des origines ne s’est pas défini à l’encontre de l’Hindouisme, faisant même la synthèse de certains éléments artistiques et philosophiques. Les traits de Shiva le Sauveur se retrouvent ainsi chez les Bodhisattvas (Bouddha stagiaire) en méditation.

Ces subtilités esthétiques n’occupent pas les soirées de la jeunesse de Mumbai, pas plus qu’elles n’occupèrent ma soirée du samedi. J’ai trouvé l’unisson de l’occident et de l’orient à la soirée VH1 Handpicked où Wyclef Jean nouait un lien osé et savoureux entre l’Inde et les West Indies dont il est originaire. Pour l’écouter, un public de quelques occidentaux et surtout de très nombreux Indiens, clope au bec, bière à la main, arborant iPhone, jeans taille basse et t-shirts marqués. Le contraste surprend un peu lorsqu’à moins de 20 mètres de l’entrée de la salle dorment des nuées de gamins de rues. Le Wyclef et ses bro ont mis le feu avec un set de reprises d’Hendrix, des Fugees, de Bob Marley, mais aussi des chansons de son répertoire propre et le sculptural “Hips Don’t Lie” de Shakira. Mémorable.

J’ai passé la journée du dimanche à Elephanta, île distante de quelques nautiques de la côte. Sa curiosité : des temples hindous taillés dans la masse de la montagne, comme une Petra polythéiste. Les volumes prodigieux de roche déplacée, la beauté grave et placide des sculptures, le recueillement des Indiens ont fait taire la musique d’Indiana Jones qui m’avait traversé l’esprit, je l’avoue. J’ai retrouvé Mumbai dans la journée, l’esprit rendu hargard par tant de beauté, et aussi sans doute par la volée de cent marches inégales sous le soleil.

J’ai fini cette journée en allant voir un autre temple de pierre, de vitraux et d’acier, celui du progrès et de la technique : la grande gare de Victoria Terminus. Magnifique et immense sous le soleil rasant, toute à la mesure de sa ville. J’allais enfin deviser un peu sur le prix de la mangue du Kerala au Crawford Market, où, Rakesh, mon ami du moment pensait créer une immédiate communauté de vue en me précisant qu’il était chrétien.

La visite de cette seconde grande ville indienne me laisse harassé et rêveur, et désireux d’enchaîner à présent sur un moment au contact de la nature.

→ Leave a CommentCatégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , , ,

Delhi Motion®

avril 14, 2008 · Laisser un commentaire

Ces deux jours à Agra et Delhi furent une pause en dehors du temps. Tout d’abord car j’ai exploité le temps imparti au maximum ; ensuite parce que j’ai visité, observé et touché des lieux, des rites et des méthodes sur lesquels le temps ne semble pas avoir eu d’offense.

M’envolant dès ma journée de travail du vendredi terminée, j’ai donc volé d’un aéroport Gandhi à l’autre (l’un Indira, l’autre Rajiv) et ai rejoint sans tarder Gurgaon, dans la banlieue de Delhi où j’ai passé la nuit. J’ai trouvé les mêmes rickshaws, les mêmes camions invitant ceux qui les dépassent à klaxonner, les mêmes gamins mendiants. Fausse impression de continuité, comme si je n’avais pas vraiment quitté Hyderabad.

Le lendemain m’a fait réaliser combien Delhi est une métropole sans commune mesure avec ce que j’avais pu me figurer. Des masses humaines, des foules impressionnantes et bigarrées, des assemblées immenses d’hommes et de femmes qui hèlent, klaxonnent, marchandent, rient, se fâchent, s’amusent, mendient, marchent au milieu de la rue, mangent, boivent, se lavent, prient, dansent. Chacun participe à la continuité de toutes ces activités humaines, passant de l’une à l’autre sous les yeux de tout un chacun, indéfiniment.

La cohue de la gare de Delhi confirmait cette impression de foule fébrile.

Agra m’est apparue plus calme, presque provinciale -2.5 millions d’habitants tout de même- et surtout beaucoup plus touristique. J’ai précédé la plupart d’entre eux en partant à l’aube et en commençant par ce qui est normalement le point d’orgue d’une visite d’Agra : le Taj Mahal. Ce monument apparaît soudainement et de façon presque irréelle, enchâssé dans sa double enceinte de murs rouges. C’est un mirage symétrique, une folie immaculée et d’une géométrie parfaite. Plus que parfaite même, puisque le nombre d’or a été employé par ses architectes pour corriger les règles de perspective. Pour ajouter à la démesure, le roi mughal architecte de cette immense tombe de marbre de lune ciselée de pierres semi-précieuses souhaitait construire une copie conforme de l’édifice en pierre noire de l’autre côté de la rivière, pour sa propre éternité…

Le fort d’Agra était lui la traduction temporelle de la puissance du même monarque. L’endroit, magnifique, mélange pierres de taille rouges et marbre. Là encore est visible le génie des sculpteurs et des architectes de l’époque. Les britanniques ont d’ailleurs repris à leur compte ce symbole en y installant armes et soldats au XIXe.

A quelques kilomètres d’Agra se trouve la capitale délaissée de Fatehpur Sikri, sorte de grand complexe médiéval indo-islamique, luxueux et ouvragé, surplombant la grande plaine fertile de la rivière Yamuna. Le manque d’eau et la symbolique du pouvoir absolu voulu par l’empereur Akbar ont précipité la fin de cette capitale éphémère. Si le roi était tout à son confort ici, je l’étais moins, avec une température frisant les 42°C.

Le samedi a donc été une journée très historique et culturelle, commentée par un guide passionné.

De retour à Delhi, les rencontres et visites du lendemain allaient se passer pour la plus grande part sans explication de texte.

Delhi est une ville étonnante sous tous rapports. C’est une ville complète, entière. Elle suscite toutes les émotions et sollicite tous les sens. De la fascination face à son histoire millénaire, du respect pour sa stature de métropole puissante et immense (15 millions d’habitants), de l’extase pour sa cuisine diverse et délicieuse, de la subjugation pour ses arts délicats et vivants, de l’étonnement pour son œcuménisme apparent, de l’aversion pour sa pauvreté crasse et du dégoût à l’endroit de ses drames humains. Tous les sens contribuent à alimenter ses impressions. Suit un résumé forcément réducteur de tout ceci.

Un promontoire de Delhi – la mosquée Jama Masjid par exemple- offre une vue qui se décline en tons de rouges et d’ocres, dont la suite est parfois rompue par le vert d’un parc ou le blanc immaculé du marbre d’une mosquée ou d’un temple. La rue elle-même est une sarabande de couleurs, celles des saris, des jouets, des épices, des turbans, des émaux, des bouquinistes, des drapeaux, des temples, des affiches politiques et des rick-shaws. Les odeurs portées par les rares souffles d’air sont celles de l’encens et du bois de santal, des cuisines de rues, des fleurs, mais aussi des vaches sacrées et de la pourriture. L’ouïe est elle saturée par une cacophonie sans nom : les klaxons, les moteurs, les interpellations en Hindi, l’appel du muezzin, une musique bollywoodienne indéfinie.

Enfin, quelques rencontres ont permis de crever la surface des choses et de comprendre un peu plus. Un Sikh m’a fait l’exposé de la pensée philosophique qui sous-tend le sikhisme. Je ne lui ai pas épargné mes questions de rationaliste, dont il a finalement su se défaire assez habilement. Une autre rencontre a été celle d’un musulman dans la mosquée de Jami Masjid. Ma barbe de prophète l’a trompé puisqu’il m’a invité à m’agenouiller pour la prière. Je ne semble pas l’avoir désarçonné en précisant mon obédience, puisqu’il s’est alors mis en tête de m’apprendre les rudiments de la prière du soir. Je comprends après ce moment l’importance du fait religieux comme élément de définition de l’individu en Inde. J’y reviendrai.

Plus triviale, ma rencontre avec un gamin de 15 ans dans le train au retour d’Agra m’a amusé et interpellé à la fois. Nos questions réciproques ont été précises et diverses : sport, musique, école, filles, travail, voyages. Grâce à lui, je n’ai jamais aussi peu pesté contre le retard d’un train.

J’espère que chaque weekend sera aussi dense que celui-ci. D’ailleurs le prochain sera à …

→ Leave a CommentCatégories : Uncategorized
Tagué : , , , , , ,

Laisse Thomas tranquille

avril 10, 2008 · Laisser un commentaire

Fat_touristsJ’adore ne pas être un touriste. Je ne veux pas dire ici que je suis d’un naturel casanier, et que feuilleter Yann Arthus-Bertrand sur papier glacé me suffit à m’évader. Bien au contraire, j’adore voyager et ne pas être un touriste tout à la fois. Dans cette optique, il n’est pas non plus tenable de voir l’une des merveilles du monde d’un air naturel et dégagé au milieu d’un banc de touristes en combi chaussettes-sandales, luisant de lotion solaire et bardés d’appareils-photos. Une attitude “non-touristique” dans ces conditions n’est nulle part moins envisageable qu’en Inde. Donc, ne pas être un touriste, voyager, sans touristes. Pourquoi ? Pour le sourire que vous rendent les gens après un merci en Tegulu, pour l’impression ineffable d’avoir un temps que les visiteurs d’un jour n’ont pas, le temps de flâner, de parler beaucoup, de comprendre un peu. Je résoudrai cette quadrature du cercle ce week-end à Delhi et Agra.

→ Leave a CommentCatégories : Uncategorized
Tagué : , ,

Premières impressions

avril 7, 2008 · Un commentaire

Indian VisaMa première impression de l’Inde a en fait été assez frappante. Bien qu’arrivé vers minuit, la chaleur est encore moite, des gens dorment sur les parterres, toutes les voitures et rick-shaws semblent klaxonner à la fois, je ne semble plus capable de me faire comprendre en anglais, les Indiens me dévisagent et soutiennent mon regard, et ils semblent avoir caché les chariots à bagage au fin fond du parking longue durée.

Rétrospectivement, cela semble loin d’être insurmontable, mais pour quelq’un qui avait trouvé malin de ne PAS dormir la nuit précédent le voyage (une vague intuition sur le jet-lag à rattrapper en avance), l’adaptation n’a pas pu être immédiate.

Heureusement, et je reviendrai sur les conditions matérielles plus qu’avantageuses de mon séjour en Inde, un chauffeur attendait là, agitant un papier où il avait écorché mes nom et prénom.

Ismael, c’est son nom, m’a ainsi expliqué que le désordre ambiant tenait au fait que l’aéroport venait d’ouvrir. Quand on voit le capharnaüm du nouveau terminal londonien, ils sont tout excusés. Mais les camions de remblais me semblaient quand même peu à propos dans les travées pour piétons.

En fait de circulation routière chaotique et de prise de liberté avec une conduite sobre et courtoise, les 45 minutes jusqu’à mon logement allaient être une démonstration par le menu : piéton sur la trois-voies, vaches sacrées, tas de terre, barrières publicitaires (oui oui barrières), camions peinturlurés lancés à grande vitesse, motos qui doublent par la gauche, rick-shaws surchargés, engins de chantier en plein travail sur la route, plaques d’égoûts ouvertes protégées par trois pavés, etc.

J’écoute vaguement les instructions du chauffeur pour le lendemain et m’écroule sur mon lit. L’Inde sacrée attendra bien une nuit de plus.

→ 1 commentaireCatégories : Uncategorized
Tagué : , , ,

Ce que je connais de l’Inde avant de partir…

avril 7, 2008 · Un commentaire

Apu & Super PoochieIl est amusant de penser qu’un pays étranger peut parfois l’être complètement. L’Inde où j’ai l’opportunité de séjourner 3 mois dans le cadre de mon travail m’est, réflexion faite, presque totalement inconnue.

Si je m’ingénie à lister ce que je sais du sous-continent : la nourriture est épicée, il y a des religions qui ne sortent pas d’un livre, la mousson noie les cabanes, ils brûlent les morts, Gandhi et Nehru ont libéré le pays des britanniques, les maharadjas avaient de belles moustaches, la chaleur peut être suffocante, Alexandre Le Grand s’est battu jusque sur les rives de l’Indus, les temples sont enfumés et regorgent d’offrandes, les Indiens choisissent le Royaume-Uni pour émigrer, les moustiques portent la malaria, le Pakistan n’est pas un ami, les éléphants ont de petites oreilles, des brouettes d’informaticiens sont formés chaque année, l’industrie du cinéma dépasse en production celle d’Hollywood, le Gange purifie tout, ils ont des trains avec des gens sur le toit, les Indiens du nord sont plus clairs que ceux du sud, les Sikhs ont les cheveux longs sous leur turban, il faut 3 voyages à l’ambassade pour avoir un visa, le Dalaï Lama est en exil, les blancs sont des “Sahib”, l’équipe nationale humilie les anglais au cricket, les tigres sont devenus rares, les femmes ont des saris colorés, Mowgli n’a pas vraiment existé, le Taj Mahal est la folie d’un amoureux transi, la monnaie est la Roupie, Miss Univers est Indienne, c’est une démocratie, la danse classique se fait sur un pied et les doigts joints, John Lennon a trouvé de l’inspiration à Goa, ils ont un point rouge entre les sourcils, il faut boire l’eau en bouteille, il est possible de passer son bac à Pondichéry, il y a de la joie dans la cité, les hommes ne sont pas censés trop regarder les femmes, ils conduisent des voitures à trois roues et à gauche, ils ont plusieurs langues dont le sanskrit, ils se lancent des poudres de couleur quand ils font la fête, le Bouddhisme n’est pas vraiment une religion juste une philosophie, un milliard d’habitants, la sithare est un instrument traditionnel, Marco Polo est passé par là en revenant du Cathay, il vaut mieux être Brahmane qu’Intouchable, … voilà c’est à peu près tout.

Cet inventaire que Prévert ne renierait pas a l’air complet mais il pâlit une fois comparé à celui des faits connus sur la Belgique -oui je tiens des listes de faits connus-. C’est dire.

Je pars donc rendre justice à ce pays que l’on dit fascinant. Et travailler, me fait-on remarquer.

→ 1 commentaireCatégories : Uncategorized
Tagué : , , , , ,